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Elle ne dit plus rien, mais elle pourrait raconter bien des choses. Elle a eu lieu et on en a beaucoup parlé. Oui, deux. La raison de cette omission?

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Elle ne dit plus rien, mais elle pourrait raconter bien des choses. Elle a eu lieu et on en a beaucoup parlé. Oui, deux. La raison de cette omission? Il ne reste que moi pour parler à sa place, assis dans ce bar, à attendre des condoléances que jamais personne ne me présentera. Les mots du meurtrier et ses expressions sont mon bien vacant. Oui, comme un banc de saumons dessiné au crayon.

Comme il a dû souffrir, le pauvre! Un Arabe bref, techniquement fugace, qui a vécu deux heures et qui est mort soixante-dix ans sans interruption, même après son enterrement. Et encore! Il y a quelque chose qui me sidère. Qui sait si Moussa avait un revolver, une philosophie ou une insolation? Qui est Moussa? En poussant la porte de ce bar, tu as ouvert une tombe, mon jeune ami.

Est-ce que tu as le livre dans ton cartable? Dès le début, on le sent à la recherche de mon frère. En vérité, il le cherche, non pas tant pour le rencontrer que pour ne jamais avoir à le faire. Elle a rendu impossible, par la suite, toute tentative de présenter mon frère comme un chahid. Ha, ha! Tu bois quoi? Ici, les meilleurs alcools, on les offre après la mort, pas avant.

Que veut dire Meursault? Et là, toi, comme tous tes aînés, tu fais fausse route. Je ne joue même pas le deuil, seulement… seulement quoi? Je ne sais pas. Je crois que je voudrais que justice soit faite. Je crois que je devine pourquoi on écrit les vrais livres. Pas pour se rendre célèbre, mais pour mieux se rendre invisible, tout en réclamant à manger le vrai noyau du monde. Bois et regarde par les fenêtres, on dirait que le pays est un aquarium. Cela te paraît invraisemblable?

Tu as tort. Y était annoncée, en trois lignes, la mort de sa mère, quelque part dans le profond pays sans arbres. Vas-y, remets-toi donc à lire, même si tout est écrit dans ma tête. Je ne suis pas une génisse, bon sang, je suis ton frère! Moussa était mon aîné, sa tête heurtait les nuages. Il était de grande taille, oui, il avait un corps maigre et noueux à cause de la faim et de la force que donne la colère.

Il avait un visage anguleux, de grandes mains qui me défendaient et des yeux durs à cause de la terre perdue des ancêtres. Comme ce jour où il rentra tôt du marché de notre quartier, ou du port ; il y travaillait comme portefaix et homme à tout faire, portant, traînant, soulevant, suant.

Ce jour-là, il me croisa en train de jouer avec un vieux pneu, alors il me prit sur ses épaules et me demanda de le tenir par les oreilles comme si sa tête avait été un volant. Me revient son odeur. Une odeur tenace de légumes pourris et de sueur, muscles et souffle mêlés.

Je savais, enfant, déchiffrer les jours avec rumeurs et les jours sans. Puis Moussa mon frère dessoûlait, comme éteint. Il se contentait de dormir et ma mère retrouvait son empire sur lui. Ouled el-assasse, les fils du gardien. Du veilleur, pour être plus précis. Mon père travaillait comme gardien dans une fabrique de je ne sais quoi. Une nuit, il a disparu. Mais là, je te mens, comme je me suis menti à moi-même pendant longtemps. Nous, nous étions les fantômes de ce pays quand les colons en abusaient et y promenaient cloches, cyprès et cigognes.

Tels des spectres discrets et muets, ils nous regardaient, nous les Arabes, en silence, ni plus ni moins que si nous étions des pierres ou des arbres morts. Qui était-il? Tu emportes ton livre, et moi le cadavre, et chacun son chemin. Quelle bien pauvre généalogie, tout de même! Tu sais, ici à Oran, ils sont obsédés par les origines. Ouled el-bled, les vrais fils de la ville, du pays. Tout le monde veut être le fils unique de cette ville, le premier, le dernier, le plus ancien.

Je me suis toujours demandé pourquoi ces gens-là avaient cette angoisse farfouilleuse dans les cimetières. Oui, oui, peut-être la peur ou la course à la propriété. Les premiers à avoir habité ici?

Regarde un peu le port quand tu descendras vers les vieux quartiers de Sidi-el-Houari, du côté de la Calère des Espagnols, cela sent la vieille pute rendue bavarde par la nostalgie. Je descends parfois vers le jardin touffu de la promenade de Létang pour boire en solitaire et frôler les délinquants.

Va dans ce jardin. As-tu bien noté? Il avait un nom. Étrange, non? Impossible de trouver et de confirmer un lien entre Moussa et Moussa lui-même! Et ton prénom? II Bonjour. Ou une prière exaucée. Une nuit de colère. Tu me demandes si je veux continuer? Des choses improbables et des histoires de lutte à bras-le-corps entre Moussa, géant invisible et le gaouri, le roumi, le Français obèse, voleur de sueur et de terre. Ainsi, Moussa mon frère était, dans nos imaginaires, mandaté pour accomplir différentes tâches : rendre une gifle reçue, venger une insulte, récupérer une terre spoliée, reprendre un salaire.

Enfin, tu devines. Les versions changeaient. Parfois, Moussa avait quitté la maison un peu plus tôt, réveillé par un rêve prémonitoire ou une voix terrifiante qui avait prononcé son nom. Je ne sais plus. Au réveil, tout reprenait sa place, ma mère dans un monde, moi dans un autre.

Dans la rue, le monde avait réveillé les mêmes personnages de notre quartier. Vers le bas, les fils de Taoui. Silencieux lui aussi, il semblait avoir pour vocation de frapper sa mère et de regarder les gens du quartier avec un air de défi permanent. Le Marocain habitait le premier angle de la petite ruelle adjacente et y tenait un café appelé El-Blidi. Ses fils étaient des menteurs et des chapardeurs, capables de voler tous les fruits de tous les arbres possibles.

Donc, ce jour-là, rien de particulier. Une journée de routine, en somme, cris des femmes, linge sur les terrasses, vendeurs ambulants. Une tension de harem si je puis dire. Comme une sourde lutte entre un parfum étranger et une odeur de cuisine trop familière.

Or, entre notre monde et celui des roumis, en bas, dans les quartiers français, traînaient parfois des Algériennes portant des jupes et aux seins durs, des sortes de Marie-Fatma inquiètes, que nous, gamins, nous traitions de putes et lapidions avec les yeux.

Ces femmes provoquaient souvent des amours violentes et des rivalités haineuses. Défendre les femmes et leurs cuisses! Je le savais pourtant! Je le sentais.

Je recomposais tout. Oh, je ne sais plus, son bleu de chauffe, ses espadrilles, sa barbe de prophète et ses grandes mains qui essayaient de retenir le fantôme de mon père, et son histoire de femme sans nom et sans honneur. La femme mystérieuse! Un signe?

Peut-être que mon frère avait aussi cette phrase tatouée quelque part sur son corps, je ne sais plus. Je me suis retourné, la femme avait disparu.

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